René Bérard et 
ses recettes du bonheur
Les cours de cuisine provençale de ce chef de La Cadière attirent chaque semaine de nombreux étrangers, dont bon nombre d'Américains : le succès du bon goût et de l'hospitalité
Earl mouline la soupe de poissons, Pat fait monter l'aïoli, Jayne et Shannon dégustent un toast d'anchoïade, un verre de rosé frais du Mont-Caume à la main... Les "stagiaires" de la Bastide des Senteurs, qui vont après deux heures et demie de travail s'asseoir sous la tonnelle où commence enfin à percer le soleil de printemps, viennent cette semaine du fin fond du Minnesota, de Philadelphie, de Detroit. Douze personnes venues partager quatre matinées durant les délicieux secrets de René Bérard, le chef de l'Hostellerie du même nom, à La Cadière d'Azur, et son goût à "donner du bonheur".

La belle cuisine de cette bastide du siècle dernier respire la bonne humeur : on écoute avec attention les conseils du chef qui lance sans cesse des clins  d'œil complices à un auditoire embarrassé lorsqu'il faut découper

des  filets de rougets. Le chef de La Cadière n'a pas pris la grosse toque, même s'il vient de séduire Madonna avec son "parfait à l'orange comme un calisson" : le dessert a en effet atterri cet hiver sur la carte du "Bel Air", le restaurant le plus huppé de Beverly Hills, René Bérard ayant séduit la jet-set locale lors d'un dîner gastronomique aux couleurs de Provence. "Lorsque la Formule 1 à quitté le circuit du Castellet il y a sept ans, nous avons été obligé de trouver d'autres clients pour remplir notre hôtel, raconte son épouse Danièle. C'est notre fille, Sandra, qui nous a donné cette idée en se rendant à un salon professionnel à New York".

Triomphe
Depuis, ce n'est plus un succès mais un véritable triomphe puisque le taux d'occupation de l'hôtel approche les 75 %. On vient du Japon,

 d'Allemagne, d'Irlande ou du Brésil pour cueillir leslégumes et les fruits du jardin de la bastide, choisir les poissons frais sur les étals des pêcheurs de Sanary et participer à ces cours de cuisine provençale. "Cela représente près d'un tiers de notre activité", précise Danièle, qui attend de nouvelles retombées avec l'arrivée prochaine du TGV. Le stage, qui englobe quatre cours et cinq nuits, n'est pourtant pas à la portée de toutes les bourses : 6000 francs par personne en chambre double. Mais lorsqu'il faut découper des filets de rougets. Le chef catalogue de  Fréquence Plus, le programme de fidélisation d'Air  France. Et René et Danièle ont bien d'autres projets encore dans leur sac à provisions, comme proposer l'année prochaine des courts séjours basés sur les joies du jardin. Idées, talent et hospitalité : là est la recette la plus achevée de René Bérard.

Michel-Philippe Baret

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